ENQUÊTE – Médecine psychédélique, un ovni thérapeutique en France

ENQUÊTE | Soigner avec du LSD ou des champignons hallucinogènes une dépression, de l’anxiété résistante ou l’alcoolisme ? Impossible ? C’est pourtant une approche médicale de plus en plus suivie à l’international. Interdits à la consommation en France, notre enquête révèle l’existence de projets de recherches français pour étudier le potentiel des psychédéliques en psychiatrie.

« Ça ne me serait jamais venu à l’idée de donner des champignons ou du LSD à mes patients ! », affirme le Docteur E. Ce qui l’a convaincu ? En prendre lui-même pour soigner des angoisses sévères. « Les difficultés du métier et une rupture familiale me minaient. Je sombrais de plus en plus ». À partir de publications scientifiques, il crée sa propre thérapie : deux gouttes de 30 microgrammes de LSD. « J’ai pu accéder à une partie de mes souvenirs où étaient cachés des traumatismes et refoulements. Je ne pensais pas que cela m’aiderait autant ».

Maxime, 30 ans, dit avoir vécu une expérience psychédélique marquante. Il est atteint d’un cancer de la thyroïde. Rare. Il se sait inguérissable depuis ses 19 ans. La peur de la mort l’envahit avec les années. Un jour, il essaie une dose de LSD avec des amis. « Ce fut un voyage intérieur qui m’a fait prendre du recul sur ma maladie. J’avais comme un téléobjectif qui me faisait voir les choses autrement. Une vraie révélation ».

« JE ME SUIS RENDU COMPTE QU’IL N’Y A AVAIT AUCUNE THÉRAPIE POSSIBLE EN FRANCE, ALORS QU’À L’ÉTRANGER, SI »

Olivier souffre d’une dépression et de TOC. En 2020, après une rupture de stock de son antidépresseur, il veut se soigner autrement. « Je me suis rendu compte qu’il n’y a avait aucune thérapie possible en France alors qu’à l’étranger si », raconte-t-il. Olivier tente l’expérience dans une clinique privée aux Pays-Bas. Il découvre un cadre inhabituel pour de la psychiatrie : un lieu chaleureux en plein air avec canapés et musique classique. « Pour une dose de psilocybine en deux jours, j’ai payé 1.200 €. C’est très cher, mais au moins j’étais encadré par des professionnels. J’ai avancé, mes préoccupations sont différentes maintenant. Mais il faudrait le refaire, ça ne m’a pas guéri en une fois ».

Ces expériences sous psychédéliques sont illégales en France. Depuis la loi de 1970 et le Code de la santé publique de 1990, ces substances sont interdites de consommation, de trafic et de présentation publique sous un jour favorable. Malgré cela, le corps médical français s’interroge sur cette nouvelle forme de psychothérapie étudiée et pratiquée à l’étranger. Sur plus d’une vingtaine de scientifiques interrogés, la majorité nous a parlé d’essais cliniques prometteurs.

DES MOLÉCULES CONNUES DEPUIS LONGTEMPS EN MÉDECINE 

Utilisés par les amérindiens, les principes actifs des psychédéliques ont d’abord été trouvé dans des champignons et plantes qui renferment de la psilocybine, mescaline ou DMT, puis en laboratoire avec le LSD. Ces molécules se font connaître en médecine à la fin du 19e siècle et sont très étudiées dans les années 50. Ce qui caractérise les psychédéliques ? Leur capacité à mimer dans le cerveau les neurotransmetteurs de sérotonine, aussi appelée ‘l’hormone du bonheur’. « Les essais cliniques notent une augmentation des émotions positives chez les patients avec une diminution de leurs pensées négatives », constate le Docteur Sergent, psychiatre-addictologue à Toulouse.

Pourtant, en 1971, les psychédéliques sont classés dans la catégorie des stupéfiants et drogues illicites par l’ONU. En cause selon les experts : des dérives récréatives dans les mouvements antiguerre et hippies qui mélangent plusieurs drogues, sans encadrement ni contrôle médical. Malgré l’interdiction et grâce à des fonds privés, les recherches se poursuivent en toute confidentialité dans les pays anglo-saxons et en Suisse. En France, bien que les travaux de recherches sur les stupéfiants ne soient pas directement prohibés par la loi, les essais cliniques s’arrêtent faute de financements.

DES PROJETS DE RECHERCHES MÉDICALES EN FRANCE

Depuis quatre ans, des scientifiques français organisent des groupes de recherches sur l’usage des psychédéliques en médecine. Nos investigations ont permis d’identifier un groupe interhospitalier et transdisciplinaire issu de l’Hôpital Paul-Brousse à Paris, et une équipe d’experts à Amiens. L’objectif de ces chercheurs est clair : proposer différents travaux de recherches aux instances françaises. Des études médicales sont en cours de préparation, soumise à des appels d’offres nationaux français, ou en attente de validation auprès d’autorités comme l’Institut de recherche en santé publique.

Exceptionnellement, nous avons pu connaître la nature de plusieurs essais cliniques proposés. Sur l’animal, l’observation de cerveaux de souris sous psilocybine pour étudier leurs connectivités cérébrales, du LSD sur des rats afin d’étudier son effet sur l’alcoolisme sévère. Des études médicales sur l’Humain sont prévues, comme avec de la psilocybine synthétique pour traiter l’anxiété résistante de malades atteints de cancer ou encore les troubles obsessionnels compulsifs de patients. Néanmoins, la plupart de ces recherches devront se faire en partenariat avec des scientifiques étrangers, suisses et américains.

« IL Y A UN MANQUE DE CULTURE SCIENTIFIQUE SUR LES PSYCHÉDÉLIQUES EN FRANCE »

Questionnés sur ce sujet, les chercheurs français décrivent des barrières administratives, d’approvisionnements et des stéréotypes associés à ce domaine d’étude. « Je pense qu’en France, on est un peu en retard. Moi et mes confrères, on commence tout juste à découvrir les études de l’étranger », regrette le Professeur Luc Mallet, psychiatre et lauréat du grand prix de l’Académie des Sciences. « Il y a un manque de culture scientifique sur les psychédéliques en France. Il faut du temps pour renverser ce qui a été appris par tout le monde dans son cursus », ajoute-t-il.

La publication d’une centaine de résultats cliniques ces dix dernières années amène plusieurs pays à revoir leur législation en matière de médecine psychédélique. En 2018, la FDA, l’agence américaine des médicaments, accorde le statut de ‘traitement révolutionnaire’ à la psilocybine. Aux Pays-Bas et en Suisse, les thérapies sont autorisées dans des cliniques privées. « Si la France continue de prendre du retard en matière de recherche et d’accompagnement, ce type de traitement restera réservé à une élite pouvant aller à l’étranger pour se soigner », déplore Vincent Verroust, professeur à l’EHESS et co-fondateur de la SPF, la Société psychédélique française.

LIMITES ET DÉRIVES PSYCHÉDÉLIQUES

Tous ne partagent pas le même enthousiasme pour l’usage médical des psychédéliques. « C’est un effet de mode. Il y a un soudain regain d’intérêt alors même que les premières recherches cliniques ne datent pas d’hier », selon le Professeur Goullé, pharmacobiologiste membre de l’Académie de Pharmacie. « Il n’y a en fait pas de résultats miraculeux », conclut-il. Sur la vingtaine d’experts interrogés, quatre spécialistes ont qualifié la médecine psychédélique de fausse bonne idée thérapeutique.

La balance bénéfice-risque reste négative pour ces membres du corps médical. Le professeur Granger, chef de psychiatrie à l’hôpital Cochin, explique : « Il y a un luxe de précautions à prendre. Des risques potentiels qui font que cet usage est plus dangereux qu’utile ». Les psychédéliques sont contre-indiqués pour les personnes vulnérables aux psychoses, comme la schizophrénie ou la bipolarité.

« SANS UN ENCADREMENT ADAPTÉ, LES PSYCHÉDÉLIQUES SONT DANGEREUX »

D’autres risques sont pointés du doigt par les professionnels de santé. Les dérives des stages de néo-chamanisme où des ‘gourous’ proposent des substances non contrôlées à utiliser librement. « Sans un encadrement adapté, les psychédéliques sont dangereux. Un malade peut être confronté à des peurs intenses et avoir des comportements à risque », alerte le Professeur Granger. L’automédication et le ‘microdosing’, une prise quotidienne et prolongée de microdoses de psychédéliques, inquiètent également le corps médical. « C’est l’une des raisons qui poussent les chercheurs à proposer des études en France. Pour qu’à terme les patients aient un cadre médicalisé, une écoute et des soins adaptés », soutient le Docteur Wyplosz, infectiologue au CHU Bicêtre.

Malgré tout, les professionnels de santé interrogés trouvent intéressant de faire des recherches sur les psychédéliques en France. « Cela pourrait en effet avoir un intérêt pour des patients très précis », souligne le Professeur Goullé. Pour le Professeur Fasotti, chef du service de psychiatrie de la Pitié-Salpêtrière, il faudrait réussir à terme à conjuguer la médecine classique avec cette nouvelle approche thérapeutique personnalisée où les psychédéliques participent à la psychothérapie des patients. « Il vaut mieux avoir un travail conjoint des deux méthodes ensemble. L’intérêt de ces traitements, c’est qu’en s’alliant ils peuvent entraîner une réduction rapide de symptômes dépressifs ».

BIENTÔT DU CHANGEMENT EN FRANCE ?

La France va-t-elle bientôt évoluer en matière de psychédéliques ? Rien n’est moins sûr. Interrogées, la Direction générale du ministère de la Santé et l’Agence du médicament n’ont pas donné suite à nos sollicitations répétées. Selon d’anciens cadres administratifs, la médecine psychédélique n’est pas à l’ordre du jour dans les ministères. Aucun parti ou groupe d’élus n’a à ce jour pris position sur la médecine psychédélique. Pour Vincent Verroust, les autorités montrent « des signes de réflexions politiques ». Contactés lors de nos investigations, le député écologiste François-Michel Lambert, et l’ex-député européen Jean-Luc Bennahmias, nous confient apporter leurs soutiens aux chercheurs. Ils ajoutent vouloir que la France en finisse avec « la diabolisation et l’obscurantisme autour de l’étude scientifique des stupéfiants ».

Freshr : Brèves d’actualités Sciences & Tech – Sélection Août 2018

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La Pyramide de Khéops révèle de nouveaux secrets🏺

grande-pyramide-kheops - nina - aldin -thune© Nina Aldin Thune

Des chercheurs russes ont fait une découverte étonnante en testant la réaction du monument égyptien aux ondes radios : la pyramide concentre l’énergie électromagnétique 🔊!

Les rayonnements envoyés se condensent dans les chambres du monument formant alors des poches d’énergies électriques à l’intérieur de la pyramide

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• Écrit par © Laetitia Asgarali Dumont  •