ENTRETIEN : La relation avec les autres après un traumatisme : témoignage de Caroline Langlade, rescapée du Bataclan

• Article – Société –  © Laetitia Asgarali Dumont • / Journal étudiant On’ (Sorb’on)

Caroline Langlade : auteure du livre « Sorties de secours » – © Mathieu Gardes

Deux ans après l’attentat du Bataclan survenu en 2015 à Paris, Caroline Langlade témoigne de son expérience de vie dans son livre intitulé « Sortie de Secours ». Elle est revenue pour nous sur son rapport avec autrui et sur les messages qu’elle souhaite transmettre à la société.

A qui s’adresse votre livre « Sorties de secours » ?

Je l’ai d’abord dédié à mon compagnon Alexandre. Présent avec moi le 13 Novembre, il est un soutien indéfectible dans mon quotidien. Ce livre s’adresse aussi particulièrement à la jeunesse. La future génération mérite d’avoir un avenir en paix.

Après les attentats, certains politiques ont adressé un message aux jeunes en leurs demandant de se battre, de combattre perpétuellement. Pour moi ce n’est pas du tout leur rôle ! La future génération doit pouvoir se construire malgré les événements récents. Il est par contre nécessaire qu’ils apprennent à comprendre les traumatismes, à appréhender les relations avec autrui pour communiquer avec empathie.

 

“ Le but principal de ce livre est de pouvoir transmettre ce qu’on a vécu pour en faire preuve, montrer de manière pédagogique comment comprendre l’autre ”

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la gestion de l’après-attentat par la société ?

Après avoir vécu tout ça on se dit qu’on ne sera plus confronté à la bêtise humaine, qu’on va avoir au moins un temps de repos ! Mais au final on y fait face trop rapidement.
Je l’évoque dans mon livre à travers les propos de cette conseillère en assurance. Elle m’avait demandé trois jours après l’attentat de quoi je me plaignais exactement car des personnes avaient été réellement blessées ‘Elles’. Ça montre bien qu’il est aujourd’hui nécessaire de former les instances administratives et sociales à communiquer avec bienveillance avec autrui. J’ai aussi vu un phénomène très intrusif. Celui du ‘business’ qu’il y avait autour des attentats et des victimes. Certaines entreprises n’ont pas hésité une seconde à vouloir gagner de l’argent sur la douleur des gens.

C’est en même temps affolant de voir de tels comportements mais rassurant d’une certaine manière, car même si cet événement a changé nos vies : les cons restent des cons. Face à ceux qui comme vous ont vécu un événement traumatisant et qui essaie de se reconstruire, il y a les autres et leurs regards sur l’événement.

 

Comment arrive – t – on à gérer ce rapport avec autrui qui peut être difficile ?

Souvent il y a des mots qui blessent. Pour moi ce n’est pas de la méchanceté en tant que tel, mais des maladresses qui sont créées par un événement qui déboussolent tout le monde. J’ai souvent dit aux membres de l’association Life of Paris, réunissant les personnes confrontées aux attentats de Paris, qu’après Charlie on n’avait pas conscience de la douleur d’autrui dans notre vie quotidienne. Oui on était choqué après coup, on avait l’impression qu’on nous avait enlevé une part de liberté en tuant les dessinateurs qu’on connaissait depuis l’enfance. Et après avoir défilé en pleurant, nous avions ensuite repris le cours de notre vie comme si de rien n’était.

En y réfléchissant je me suis du coup rendu compte qu’on ne peut pas en vouloir à l’autre de ne pas comprendre. C’est aussi notre rôle d’expliquer. Le but principal de ce livre est de pouvoir transmettre ce qu’on a vécu pour en faire preuve, montrer de manière pédagogique comment comprendre l’autre. Je souhaite montrer comment des événements traumatisants peuvent donner de la force, nous permettre d’atteindre une forme de résilience. Même si cela prend du temps et de l’énergie de surmonter les chocs, on en sortira grandi.

“ Le 13 novembre m’a quand même apporté ce cadeau de vivre désormais le moment présent pleinement ”

 

Comment pouvons-nous aider à notre niveau les personnes touchées par des événements traumatisants ?

Le 13 j’ai vu le pire de l’humain mais aussi le meilleur. Quand nous avons dû attendre dans une cour d’immeuble après que la police nous est fait sortir du Bataclan. Des gens n’ont pas hésités une seule seconde en pleine nuit à nous donner des couvertures, des vêtements, des cafés, tout objet qu’ils avaient pour nous soutenir dans le chaos.

Pour aider les autres il faut pouvoir être à l’écoute sans porter de jugements préconçus. Ne pas être ni dans la pitié ni dans l’agressivité mais être simplement à l’écoute de l’autre. C’est quelque chose d’important dans tous les types de relations humaines et les petites choses comme ça c’est ce qui nous permet de tenir.

 

Quels sont désormais vos objectifs ?

J’ai quitté il y a peu la présidence de l’association Life of Paris. Cette expérience m’a vraiment beaucoup apportée car j’ai pu me nourrir des autres pour me réparer. Je m’y suis cependant trop investie. Je suis devenue une mère pour certaines victimes ce qui n’était pas le but. Aujourd’hui mes objectifs sont difficiles à définir, je ne peux plus me projeter à long terme depuis le Bataclan.
Tout se fait au jour le jour. Je laisse les projets venir à moi pour en profiter sans m’autocensurer, sans vouloir atteindre une perfection impossible. Le 13 novembre m’a quand même apporté ce cadeau de vivre désormais le moment présent pleinement plutôt que de me projeter sans cesse vers un idéal d’avenir. Vivre le moment présent m’a permis d’oser écrire.

 

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